"La question peut être posée devant la place considérable qu’occupent les esclaves dans le monde du travail. Nous distinguerons cependant, comme nous l’avions fait précédemment pour l’étude de cette catégorie, entre les cités qui pratiquent l’esclavage de type hilotique et celles qui ont recours à l’esclavage-marchandise de type athénien.
(…) Dans les cités comme Athènes, qui pratiquent l’esclavage-marchandise, le registre qu’occupe le travail servile est particulièrement étendu. Il n’existe, à quelques exceptions près, aucune activité, productive ou non productive, qui n’ait été exercée par des esclaves, que ce soit dans les mines, dans l’artisanat, dans le commerce, dans les professions liées aux divertissements et bien entendu dans la domesticité. Dans certains secteurs, la part des esclaves est à ce point prépondérante qu’on a l’impression que les ressources de la cité sont étroitement tributaires de leur travail. Sur les grandes propriétés foncières, la main-d’œuvre est souvent exclusivement servile et les travaux des champs sont accomplis par de véritables troupes d’esclaves, hommes et femmes. Les modalités d’utilisation de ces esclaves sur un grand domaine sont bien décrites dans « l’Economique « de Xenophon qui rapporte les méthodes utilisées par un grand propriétaire athénien, Ischomaque. Ce dernier, qui réside à la ville, ne se soucie guère que de la rentabilité de son exploitation et les avantages qu’il accirde à ses esclaves (nourriture, vêtements, logement) ne sont conçus qu’en fonction de cet impératif ; un régisseur et une intendante, eux-mêmes esclaves, veillent sur cette troupe et font observer une stricte discipline. (…)
Enfin, il n’est pas jusqu’à des emplois dans les services publics qui ne soient tenus par des esclaves. Ces derniers sont propriété de l’Etat et affectés par lui à des tâches bien précises : archers scythes chargés de maintenir l’ordre dans les réunions publiques, ouvriers des chantiers publics ou des ateliers monétaires, archivistes, gardiens de prisons, bourreaux, etc. (…)
Certains historiens ont parfois invoqué la « conception » que les Grecs se faisaient du travail pour expliquer ce qu’ils considèrent comme une sorte d’abandon de celui-ci entre les mains des esclaves. Les témoignages ne sont pas rares, il est vrai, qui semblent montrer le peu de goût des Grecs, non point pour le travail lui-même que pour certaines formes de travail : celles qui mettent un homme dans la dépendance d’un autre ou celles qui sont réputées dégradantes pour le corps et l’esprit. Bâtir sa maison, travailler sa terre, construire son bateau, tisser des vêtements pour sa famille seraient des activités nobles ; les exercer pour le compte d’autrui serait aliénant". (…)
R.LONIS -
La Cité dans le Monde Grec